juillet 2, 2018 0 Par Alexandre Ouizille

Télétravail et maisons de co-working publiques : libérer les français du quotidien

Par le collectif Hémisphère Gauche

Le télétravail est sans doute l’une des innovations permises par la révolution numérique les plus connues mais aussi les moins exploitées. Alors que le travail à distance est plébiscité par deux salariés français sur trois, le nombre de télétravailleurs réguliers, reste à un niveau très faible, en France, compris entre 2% et 4% des salariés.

 

 

Pourtant les possibilités ouvertes par le télétravail semblent inépuisables. Celui-ci permet de réduire le temps de transport moyen de plus d’une heure et quart par journée télétravaillée. Ce temps gagné permet aux salariés de consacrer en moyenne une demi-heure supplémentaire à leur vie de famille et de gagner trois quarts d’heure de sommeil par jour. Conséquence logique de ces avantages, 95% des salariés qui télétravaillent de manière régulière constatent une amélioration de leur qualité de vie. Le télétravail permet aussi des gains de pouvoir d’achat importants – notamment des frais de transport (essence, parking) – en moyenne de 124 euros/mois.

 

Ce bien-être accru des salariés est aussi bénéfique pour les entreprises. Plus reposés, moins stressés, moins souvent dérangés et moins souvent absents, les salariés en télétravail voient leur productivité augmenter d’un quart selon les 20 grands groupes du CAC 40 qui ont mis en place des programmes de travail à distance. Les enquêtes montrent que les salariés utilisent leur jour de télétravail pour faire des tâches qui demandent du temps et de la concentration et que les interruptions régulières de la vie de bureau ne leur permettent pas de faire au quotidien.

 

Le télétravail est aussi une politique d’aménagement du territoire efficace pour revitaliser les centres-bourgs dans les zones périphériques ou rurales. Dans les communes ayant investi dans un « espace de co-working public » pour le travail à distance, on compte en moyenne 9 emplois supplémentaires et plus de 50 habitants de plus. Les achats sur place augmentent aussi avec de forts bénéfices pour les commerces locaux (commerces traditionnels de proximité, restauration, etc).

 

Les gains en termes environnementaux du télétravail sont aussi importants puisqu’il faut planter près de 150 arbres pour économiser autant de Co2 que le télétravailleur moyen français en un an.

 

Le télétravail est pourtant aujourd’hui encore peu développé dans les entreprises et les administrations. Les risques liés à l’isolement des télétravailleurs sont souvent mis en avant pour le refuser. Pourtant, les études indiquent clairement que lorsque le télétravail est partiel, entre une et deux journées par semaine, ces risques sont très faibles.

 

Le problème est plutôt que l’essor du télétravail nécessite une révolution dans la culture managériale française. Les encadrants associent présence au travail et productivité. Ils  craignent, à tort, que la distance entraîne une baisse de la loyauté des salariés vis-à-vis de l’entreprise et de leur propre capacité de leadership. Il s’agit donc de briser le cercle de la défiance en s’appuyant sur l’autonomie des salariés plutôt que sur le contrôle.

 

Pour favoriser l’extension du télétravail qui pourrait concerner, à terme, entre 28% et 47% de la population active nous proposons deux mesures centrales.

 

Nous souhaitons que les télétravailleurs effectuant au moins une journée par semaine en télétravail soient exclus de l’assiette du versement transport acquitté par les entreprises et les administrations publiques pour les encourager à mettre en place un plan de télétravail. Si le nombre de télétravailleurs atteignait 10% au bout de 5 ans, le coût brut pour les finances publiques d’une telle exonération resterait faible, entre 750 millions d’euros et 1,5 milliards d’euros, au regard des avantages du télétravail.

 

Par ailleurs, nous proposons aussi, qu’à périmètre constant, des financements publics puissent être orientés vers les nouveaux usages, et notamment l’aménagement « des maisons de co-working publiques » par les collectivités pour permettre aux télétravailleurs de ne pas s’isoler grâce à une connexion au très haut débit et à l’aménagement de postes de travail entièrement équipés. De tels projets peuvent d’ailleurs être à coûts limités en réaménageant certains espaces publics dans les médiathèques, dans les salles polyvalentes, ou dans certaines mairies rurales.

 

Ce faisant, grâce aux innovations technologiques, pourrait se réaliser, pour tous, le vieux rêve des paysans du Larzac : « vivre et travailler au pays »